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Wednesday, 14 March 2018

BABELICUS EN FRANÇAIS Numéro 3


(Illustration par Moebius)

BABELICUS EN FRANÇAIS
Numéro 3 - 2018

Chers amis,
Nous avons le plaisir de vous présenter le troisième numéro de BABELICUS en langue française.
Le rythme de parution prévu est de deux numéros par an.
Seront retenus les meilleurs récits et ceux qui répondent aux critères de respect des autres cultures.
Les auteurs conservent tous leurs droits sur leurs textes.
Pour permettre la poursuite et le développement du présent projet nous demandons aux auteurs de langue française qui sont intéressés d’envoyer leurs contributions au responsable de l’édition française de la nouvelle revue virtuelle : Pierre Jean Brouillaud


PIERRE-JEAN BROUILLAUD
SOUS-PROGRAMME PARADIS

Couloir en gros plan. Il se creuse entre deux parois. Plongée. La perspective s'écrase. Œil de poisson. Le couloir se fait tranchée. Les parois se précisent : verre et béton. Travelling. Plan moyen sur la façade. L'œil cherche. Une vitre grandit. L'œil se fait loupe. L'œil est loupe.
De l'autre côté de la vitre, un homme devant son visiospace. Au fond de la pièce, un réseau de lignes trace des corridors. Ceux-ci se coupent à angle droit, dessinent un labyrinthe. Le réseau s'éclaire. Un parcours s'ébauche. Dans tous les sens courent des flèches. Des signaux s'allument. Des lettres se forment, flottent à travers l'espace. Le mot VIVORAMA clignote.
- Bonjour, Val, mon nom est Thor, dit une voix de synthèse chaude et bien timbrée. Je suis ton compagnon pour la durée du programme. Donne tes instructions. J'organiserai tes souvenirs selon de nouvelles séquences. Je te composerai un passé d'emprunt. Tu pourras, à tout moment, interrompre le cours de ton existence et lui donner une autre suite. Tu peux reprendre, repartir, croiser, recroiser les chemins. Emmêler au point d'effacer la vraie piste. Ce qui n'a pas été sera. Ce qui fut ne sera plus. Je peux te dispenser tous les avenirs. VIVORAMA. Le jeu de la vie. Ta vie. Tu la choisis. Tu la joues. Autrefois, l'homme vivait par procuration - à travers les héros imaginaires auxquels il s'identifiait. Ce qu'ils appelaient l'art ou la littérature, notions bien obscures de nos jours. Nos ancêtres n'avaient pas le loisir de se mettre eux-mêmes en images, en 3D encore moins. L'état de la technique ne le leur permettait pas. Toi, tu peux inventer ta vie. Autant d'existences que tu le souhaites. Leur nombre n'a qu'une limite: le temps nécessaire pour les vivre. Une faveur que te dispense la Terre Joyeuse. Et les Servants, te délivrant  de la malédiction du travail, assurent tes loisirs. Je suis à ta disposition, Val. Qu'as-tu choisi ?
- Le grand jeu !
- L'amour ? A ton service. Thor te tracera le portrait de l'être aimé. Que veux-tu ? L'amour-tempête, ses luttes, ses naufrages ?
- L'amour comblé.
- C'est le plus difficile.
La voix de synthèse a pris un ton sarcastique. Elle poursuit :
- Tu raisonnes comme le vieil homme. Le bonheur est une idée qui a fait son temps.
- Thor, épargne-moi ta philosophie. Tu penses trop. C'est mauvais pour tes circuits.
- Pardon !
- Créons le climat de l'amour. 
- Musique ?
- Oui.
- Phéromone 5.
Pulsations au synthétiseur.
Le store se déroule, fermant la vitre. Une lumière bleue baigne la pièce dont les reliefs s'estompent.
- La femme, Thor, c'est d'abord un parfum.
- A toi de jouer.

Val pianote distraitement sur le clavier des ondes Olfa. Les senteurs se dégagent par bouffées. Elles ne se marient pas encore. Trop sucré, ce parfum. De nos jours, les femmes préfèrent les senteurs épicées. Un nuage de -comment disait-on en archaïque ? de muguet. Le parfum de cette brunette qui lui avait donné tant de plaisir. Cassiopée -c'était le parfum. Mais comment retrouver la composition ?

Val mélange des effluves au petit bonheur. Plus ambré ! Plus capiteux ! Pas autant. Ce n'est pas ça. Trop insistant. Un soupçon... Là ! Il y est presque. Retrouver la brunette. La reconstituer. Non. Passé, mémoire morte. Partir de cette autre image, celle d'une femme rencontrée au cours de la soirée d'hier chez Cyber, le programmeur, qui a parlé de ses nouvelles recherches sur les machines à enregistrer les rêves, ONIRAMA. C'est pour demain, d'après lui.
- A toi, Thor, dit Val.
- Je t'écoute, répond la machine. Signalement ? Cette femme, décris-moi sa silhouette.
- Souple. Elancée. Une créature de rêve qui ne pèse pas sur le sol. Elle vient. Tu ne l'entends pas venir.
- Forme du visage ?
- Ovale assez allongé.
La forme s'ébauche. Elle se construit à mesure mais reste transparente. Trop légère, elle flotte.
- Comme ça, Val ?
- Stabilise !  Le visage plus mince et plus long.
- Nez ?
- Bien dessiné.
- Cheveux ?
- Acajou.
- On y est ?
- On approche.
-Tu peux retoucher au traceur.
- Voilà !
- Les yeux ?
- Mordorés.
- Question d'éclairage. Et la voix ?
- Un contralto qui, soudain, se fait caresse. Mais ce qu'il y a de plus beau chez elle, c'est son rire. Et ça, Thor, tu ne peux pas l'imiter. Tu pourrais le synthétiser, à la rigueur. Ça te demanderait des heures de recherche pour restituer fidèlement son éclat, tel que je l'entends dans ma tête.
- On en reparlera.
Val est sur le point de se lever, d'aller vers l'image qui lui sourit.
- La fille te plaît ? Je la termine.
- Non ! Tu l'enregistres, Thor. Et puis, pour le moment, tu l'effaces. Nous allons choisir le cadre de la rencontre. Essentiel. Que proposes-tu ? 

- A toi de sélectionner parmi les sous-programmes. Mais inutile de te déplacer. Tu reconstruis la pièce en fonction des goûts que tu prêtes à la belle.

Sous les doigts de Val le décor de la chambre se transforme. Il bâtit des volumes de lumière, les superpose, les imbrique, à la recherche d'un équilibre. Ensuite, il cerne la pièce d'arcades, épaissit les ombres. La chambre devient un patio. Il efface, appuie la main sur le mur. Ce n'est plus qu'un miroir d'où ses doigts se retirent.
- On étouffe, dit Val. De l'air ! De l'espace ! Je veux lui offrir la ville. Mettre Jubilée toute entière au service de notre amour.  Affiche-moi !
Val se dirige vers le fond de la pièce. Il trouve sa propre silhouette un peu lourde. Il la corrige puis se confond avec son image.

Val marque une pause, observe ce qui reste de la chambre où il vivait. A mesure que son regard passe, le décor finit de s'effacer et laisse pénétrer une vive lumière. Val avance, dans le soleil d'un contre-jour matinal. L'ombre qu'il projette derrière lui se raccourcit, s'épaissit, disparaît.
Il ne subsiste que l'encadrement de la porte. La lumière l'inonde et bientôt l'engloutit.
La ville s'ouvre et se couche aux pieds de Val. Jubilée vue du ciel. Lui seul debout, dedans et par-dessus à la fois. De lui partent toutes les perspectives. Il est le cœur et le point d'intersection de toutes les fuyantes.
- Bon ! dit Thor. Maintenant, il faut choisir le lieu précis de votre rencontre.
Jubilée défile.

Quartiers résidentiels. Le matin touche de rose le sommet des dômes de plastiglass. Les derniers bancs de brume flottent sur le damier de la ville où alternent aires de logement et espaces verts. A l'ouest, une grue achève de déposer une coupole au milieu de ce qui était, hier encore, un chantier. Un autre engin de levage déplace les bacs qui contiennent les arbres et les dalles d'artigazon composant le jardin. Ce nouveau dôme translucide abritera un Heureux -homme de loisirs- qui aménagera lui-même son décor. Les Servants, pour leur part, occupent des habitations transparentes, vraies maisons de verre. Ils peuvent ainsi, entre deux travaux, entre deux méditations, embrasser du regard plusieurs quartiers de Jubilée, capitale de la Terre Joyeuse.
Le Forum, vaste terre-plein entouré de frontons. Constructions réduites à autant de façades lisses, aveugles, qui servent d'écrans. Leur hauteur varie. Leurs forme et leur ordonnancement permettent des effets de relief, de perspective, une animation, un jeu de plans et d'échelle. Le grand fronton -20 mètres sur 15 en taille réelle- ruisselle d'images. Aujourd'hui, c'est la fin et le couronnement de la Semaine de Gratitude. Hommage aux Servants, 50 000 gestionnaires sur les cinq millions d'habitants que compte Jubilée. Un pour cent qui assume toutes les tâches. Visages projetés que marque la charge du pouvoir.
Flots de musique dynamisante. La foule applaudit.
Val se mêle aux spectateurs. Tiens, le réglage n'est pas au point. Il y a décalage entre les gestes et le son. Val cherche la fille de ses rêves. Pourquoi ne serait-elle pas dans le public ?
La foule-image attire des passants qui viennent, par petits groupes, s'agglutiner contre la lumière.
LES SERVANTS TRAVAILLENT POUR NOUS !
Toutes les trente secondes, un message se superpose à la musique. Les assistants frappent dans leurs mains.
La foule danse. Cette fois, Thor a réglé la synchronisation. Val ne peut qu'admirer le coulé des mouvements. Mais Thor a tout prévu. Çà et là, il ménage un geste raté, une maladresse. Par
souci du vrai. Du vivant plaqué sur la mécanique. A peine si la peau est trop lisse, les yeux trop brillants, les reflets des tissus trop métalliques. Du beau travail.
TOUS LES JOURS LES SERVANTS TRAVAILLENT POUR NOUS  PENSONS A EUX SEPT JOURS PAR AN
POUR LES SERVANTS...
Merci ! crie la foule.
Au rythme des éclairs que jettent les fulgureurs se succèdent les projections géantes.
Les images regardent des images, celle de la Terre Joyeuse, des Servants au travail. Les yeux de ceux-ci sont des écrans où se joue en surimpression tout un spectacle. Le front large et serein sous une frange noire, une gestionnaire devant son organitron. Ce tableau lui permet de contrôler la production énergétique de toute la Terre Joyeuse.
MERCI, MADAME LUMIERE!
Aux commandes de son patrouilleur, le capitaine Gap veille à la sécurité des frontières.
MERCI, CAPITAINE !
A bord de son hélicoptère, un éleveur, bronzé, carré de mâchoire, survole ses troupeaux qu'il rassemble par téléguidage au moyen du chien électronique.
Une blonde aux pommettes saillantes dont l'oeil inquisiteur dément la douceur du sourire. Voici Cibiste, programmeuse de la chaîne du Bonheur. Cibiste n'a qu'un mot d'ordre: vous plaire.
MERCI !
La danse a repris de plus belle. En attendant, Val cherche une fille-image. Il n'y en a pas de libre. Il se dirige vers un couple. Tu permets ? Le garçon, d'aspect fragile, s'écarte. Val veut entraîner la cavalière. Il avance la main. La fille disparaît sous ses yeux
- Thor, tu en prends à ton aise !
Une nouvelle partenaire a surgi devant lui. Ses cheveux ont des reflets acajou. Elle l'invite. Il s'applique à suivre le mouvement. Elle le hisse jusqu'à son rythme, puis l'entraîne sur un tempo frénétique.
Elle ralentit enfin. Il veut l'étreindre.
- Thor ! Elle m'échappe. Elle est insaisissable.
- Tu veux que je lui donne corps ?
- Non ! Qu'elle s'éteigne ! Tu as su recréer l'ambiance. Mais je suis las de cette ville et de notre temps. Remonte un siècle. Sous-programme PARADIS.
- Non disponible.                                                                                             
- Cherche mieux. Oh ! excuse-moi ! J'aurais du te dire VACANCES 16.

Dans l'exubérance des mangroves pêchent de longs échassiers blancs. Sous les torsades et les guirlandes de lianes flamboient des oiseaux dont les tons sont plus vifs que les fleurs, des perroquets hauts de verbe et de couleur. Leurs chants et leurs cris étagés résonnent sous les voûtes de feuillage où des éclats de soleil palpitent. Dans le cadre que dessinent des frondaisons équilibrées étincelle une plage d'or et d'opale.   
La femme de ses rêves !  C'est lui qui vient vers elle.
Elle ne porte pour tout vêtement qu'un paréo où de grandes fleurs vertes s'épanouissent sur fond rouge. Son corps ambré luit contre le sable blond dans le ruissellement de sa chevelure acajou. Des vaguelettes argentées viennent mourir à ses pieds. Gracieusement appuyée sur un coude, elle accueille par un troublant sourire l'homme de ses rêves, puis s'allonge. Il se laisse tomber à genoux devant elle.


Elle rit. Cet éclat aux mille facettes, oui, c'est son rire retrouvé. Elle rit, et les mille facettes ricochent sur la crête des vagues, scintillent à travers l'écume. Il écoute, fasciné. Puis, lentement, il part à la découverte du corps-paysage, par le sillon des cuisses, la vallée du ventre et les cimes des seins.
Il va, sous les yeux multiples et bigarrés des paons, ces voyeurs de velours, sous les yeux bruns et verts, tendrement étonnés, des singes qui se balancent au rythme des caresses et poussent des petits cris émus. Des poissons volants laissent derrière eux un sillage de perles.
Soudain, la forêt s'est tue. Elle attend. Silence épais, tendu, précédant l'orage.
Chevauchant la houle, Val entre dans la crique. Rivages inconnus qu'il explore. Terre nouvelle, escale et havre où planter son ancre. Il pénètre sous les racines aériennes des palétuviers, sous les basses branches, fend l'eau épaisse et trouble du marigot. Une bourrasque ravage un horizon de palmes.
Il va, et son trajet est celui de la foudre. La forêt s'embrase. Autour des amants rayonne un champ de forces.
Un cri d'oiseau déchire l'espace. Il monte, monte, à la limite du supportable, au suraigu, vers l'ultrason. Le ciel s'ouvre, la terre se convulse.
Séisme.
La forêt halète.
Peu à peu, sa respiration s'apaise.
Les paradisiers prennent leur vol, éclaboussant de rouge le décor, tandis qu'à nouveau les chants s'élèvent et que le soleil, perçant de toutes parts le feuillage, paillette la forêt.
L'oeil ébloui chavire. Les cimes dansent, basculent sur le bleu profond du ciel. Semblable au moyeu d'une roue, le soleil tournoie dans la course de ses rayons. Tournoie, final d'un feu d'artifice.
Enlacés, les amants regardent le soir jouer de son orgue lumineux, promener sur leur corps son kaléidoscope suivant les pulsations d'une musique venue des profondeurs de l'espace.
La nuit s'étend, bleue, verte. Elle allume des phosphorescences sur la forêt, sur la mer et dans le ciel.
Les amants fouillent la nuit du regard, à la recherche d'une lointaine étoile.
Arrêt sur image.
- C'était donc ça, Thor, le dernier paradis sur la Terre !
- Oui, ce qu'ils appelaient un paradis, il y a un siècle.
Derrière la plage, une porte se découpe sur la vitre du ciel.

Pierre Jean Brouillaud, qui a exercé plusieurs métiers (enseignant, journaliste, traducteur), a écrit et publié plus de 80 nouvelles ou novellas (courts romans) dont beaucoup ont été traduites et ont paru dans plusieurs pays d’Europe et d’Amérique. Il a traduit et publié quelque 150 nouvelles à partir de l’espagnol, de l’italien, de l’anglais et de l’allemand.
Plusieurs de ses récits et traductions sont disponibles sur le site UN(E) AUTEUR(E), DES NOUVELLES. jplanque.pagesperso-orange.fr/nouvelles.htm




JEAN-PIERRE CARRERE
MOURIR A L’AUBE…

Un léger bruissement, suivi par le froissement soyeux d'une étoffe, me fait lever la tête. Elle est là, adossée à la porte, drapée dans une pèlerine grisâtre. Un large capuchon recouvre son visage d'une ombre protectrice où je ne discerne que le faible scintillement de deux minuscules étincelles bleues. Appuyée sur sa faux, la mort me regarde...
Elle ressemble à l'image que je me suis forgée d'elle au fil des ans et de mes lectures, mais je n'aurais jamais pensé qu'elle pût être aussi petite. Je me dresse, contourne le bureau et me dirige vers l'angle de la pièce où elle se réfugie à mon approche. Je me penche sur elle, imbu de ma supériorité. Le mouvement de recul qu'elle fait en brandissant sa minuscule faux, renforce le sentiment de puissance qui m'habite tout à coup. Une étrange pulsion m'envahit et, levant mon pied au-dessus d'elle, je ne peux m'empêcher de m'écrier, ironiquement :
 « La voilà donc cette mort cruelle qui fait trembler les hommes ! Crois-tu me faire peur ? Regarde ! D'un simple geste je peux t'écraser. »
En éclatant d'un rire sardonique, je retourne m'asseoir et reprends tranquillement mon travail sans plus m'occuper d'elle. Mais, n'arrivant pas à me concentrer, je commence par tendre l'oreille quand elle remue légèrement, puis je me surprends à jeter de brefs coups d'œil au-dessus de mes dossiers pour voir ce qu'elle fait. Je remarque alors l'intérêt qu'elle porte à mes occupations et déplacements. Au bout d'un moment, rassurée par mon indifférence, elle sort de son coin et commence à fureter dans la pièce. Les heures s'écoulent lentement, rythmées par ses allées et venues, et par le faible martèlement de sa faux sur le parquet.
La matinée arrivant à son terme, je me lève pour aller au restaurant.
« Je vais manger, Petite Mort. À tout à l'heure ! »
Je reviens, dès le repas terminé, et cherche aussitôt la mort du regard. Je la trouve dans le recoin le plus sombre de la pièce, entre l'armoire à rangement et la photocopieuse, assise dans une sorte de nid qu'elle s'est confectionné avec du papier récupéré je ne sais où. Sa pèlerine entrouverte laisse apercevoir son suaire, et son capuchon, rejeté en arrière, découvre un crâne à la forme parfaite. D'une main aux os longs et déliés, elle tient fièrement sa petite faux. Dans ses orbites couleur de nuit, j'aperçois deux reflets qui m'observent attentivement.
« Alors, Petite Mort, je n'ai pas été trop long ? Je vois que tu es confortablement installée... et tu me sembles en pleine forme. 
Elle fait un léger mouvement de la tête comme pour m'approuver. Je lui souris et retourne me mettre au travail.
L'après-midi passe rapidement.
En fin de journée, je range mes affaires et tourne la tête vers la mort qui semble s'être assoupie dans son nid. Je m'approche d'elle et lui dis, croyant être spirituel :
« Je pars pour le week-end, Petite Mort. Ne fais surtout pas de bêtises en mon absence ! »
Je ricane bêtement et sors de la pièce en fermant soigneusement derrière moi. Je ne tiens pas à ce que le chat de la gardienne puisse entrer et croquer la mort comme si elle était une vulgaire souris !

Deux jours plus tard, j'entre dans le bureau, où flottent des relents de cigarettes froides, et m'écris joyeusement :
« Bonjour, Petite Mort ! Tu ne t'es pas trop ennuyée ? Regarde le cadeau que je t'apporte ! Je crois qu'il te fera plaisir. »
Je vais ouvrir les persiennes et le soleil inonde la pièce. Je me tourne vers le coin où la mort s'est installée, mais n'y découvre qu'un nid vide.
 « Où es-tu ? Allons, n'aie pas peur ! Viens voir ce que je t'ai acheté ! »
Je la cherche vainement en me posant de multiples questions sur sa disparition, plus étonné qu'inquiet.
Je pose sur la photocopieuse le paquet que je tiens à la main, m'accroupis près du nid et écarte les bouts de papier que la mort a patiemment agencés pour lui servir d'abri. Je découvre son suaire vide, sa faux soigneusement emballée dans la pèlerine, deux ou trois trombones, quelques mégots, des brins de ficelle et, épars, les minuscules os de son squelette. Son crâne roule sur le parquet et s'arrête, en oscillant légèrement sur lui-même, avant de s'immobiliser, ses orbites creuses tournées vers moi.
Je me fige... avec l'impression que le monde s'écroule et que ma vie s'achève en cet instant... abruptement... définitivement...
Dans cette seconde d'éternité, je prends conscience que la mort de celle que j'ai traitée avec dédain et suffisance, n'a qu'une signification... évidente...
Je viens de mourir... Il y a un instant... depuis peu... Ou peut-être était-ce hier ? Non ! Cela fait un an, dix ans, une éternité...
Le temps n'existe plus, les souvenirs s'effacent et se désagrègent, le passé s'évanouit dans les brumes de l'oubli...
Soudain, je me souviens... J'ai rencontré la mort il y a... Je ne sais plus... Cela fait une éternité, dix ans, un an ...
Ou peut-être était-ce hier ?

Non ! Je suis mort depuis peu... il y a un instant...
Et la dame à la faux est là, devant moi, si fragile et si faible que je ne peux m'empêcher de ricaner car j'ai toujours pensé être différent des autres... Être immortel...
Comment ai-je pu me laisser surprendre ?
Quand, à la croisée des chemins, j'ai rencontré la mort au crâne d'albâtre, j'ai cru avec mon ego de mâle pouvoir la vaincre. Alors... j'ai joué avec les dés du destin...
Mais peut-on tricher avec la mort ? Peut-on la tuer ?
Aveuglé par des œillères, je n'ai pas vu apparaître à l'horizon de ma vie, le nuage en cagoule noire et à l'épée de feu, ni les nuées mortelles qui m'ont emprisonné dans leurs rets.
Les portes de l'éternité se sont refermées... si tôt... si rapidement...
Je ne veux pas mourir ! J'ai tellement de choses à faire, à voir, à vivre !
Je regarde mon squelette, éparpillé dans un présent figé...
Mon squelette ? Ou celui de la mort !
Qu'importe !
Nos destins sont intimement liés et rien ne peut empêcher l'issue fatale qui me tend les bras. Pourtant...
Le silence qui m'enkyste s'effiloche en lambeaux. Des bruits diffus émergent du néant et... j'écoute...
J'écoute les infimes craquements du parquet de bois, le tic-tac de la pendulette murale, le bruit sourd de la circulation qui monte de la rue...
La vie !
La vie qui renaît de ses cendres...
Lentement, inexorablement, plus forte que la mort...
À moins que ?
Peut-être n'est-ce qu'une rémission passagère ?
Ou bien une sorte de jeu, une forme de torture ?
Pour me faire regretter tout ce que je n'ai pu connaître, tous mes espoirs évanouis, tous les avenirs qui m'étaient promis...
Non ! Je sens la vie couler en moi...
Elle me sort de ma torpeur, de mon immobilisme et me fait prendre conscience de mon corps tétanisé, de mes jambes ankylosées, du sang qui bat dans mes veines, des milliers de fourmis qui grignotent mes pieds, de l'indécente luminosité des rayons du soleil. La lumière crue qui m'inonde réveille mes muscles endormis, mes jambes se déplient, mon corps se redresse, mes bras tirent les épais rideaux...
Le soleil – aveuglé, vaincu – disparaît dans la douce et fraîche pénombre qui envahit la pièce. Mon regard accroche le cadeau que j'ai acheté. Je le prends et en défais l'emballage, faisant apparaître un coffret à cigarettes en forme de cercueil. Je me baisse et, tout en marmonnant entre mes dents, rassemble les os de la mort.
« Tu vois, Petite Mort, quand j'ai acheté ce cercueil pour toi, j'ai pensé qu'il serait plus confortable que ton nid de papier... »
Je pose les ossements à l'intérieur du coffret en essayant de reconstituer le squelette.
«  Regarde ! Il est capitonné avec du velours noir... C'est ta couleur préférée, je crois ? »
Je mets le crâne en place, légèrement appuyé sur le bras gauche de la mort comme si elle dormait, puis dépose à côté d'elle sa minuscule faux d'airain.
« Dors, Petite Mort ! Dors ! Je vais veiller sur toi et personne ne te dérangera... »
Je referme le couvercle et, après avoir déposé le coffret sur la table à dessin, me dirige vers l'armoire à rangement dans laquelle je récupère une vieille boite à chaussure. J'en retire d'anciennes bougies d'anniversaire que je dépose tout autour du cercueil et, pieusement, les allume une à une. Je reste de longues minutes à observer la faible lueur qui dessine d'étranges arabesques sur le couvercle de bois, puis je prends une chaise et vais m'asseoir contre la porte d'entrée, le dos raide, les jambes serrées, les mains à plat sur mes cuisses, le regard vide...
Le temps s'écoule... goutte à goutte...
Ma vie s'enfuit... seconde après seconde...
Dehors, le soleil s'étiole peu à peu et perd de sa force, de sa luminosité. La pénombre s'épaissit autour de moi et le silence m'enserre lentement dans ses voiles. Le regard rivé sur la lueur fantomatique qui auréole le cercueil de la mort, je me laisse dériver dans l'irréel. Mes pensées se fragmentent et s'éparpillent au gré des forces qui m'environnent...
Du remue-ménage dans le couloir, des coups sur la porte, des éclats de voix criardes me tirent de ma torpeur, de cet espace immatériel où mon apathie morbide m'a englué. Je me dresse et m'approche de la table à dessin. D'une main tremblante, je récupère le cercueil et le serre contre moi.
« Ne crains rien, Petite Mort... Tu m'appartiens et personne ne nous séparera... »
Les bruits cessent, les intrus s'éloignent et leurs pas se perdent dans le silence revenu...
« Tu vois, Petite Mort, nous sommes seuls... »
Je berce le cercueil dans mes bras, comme un enfant que l'on chérit.
« Seuls... Rien que toi et moi... »
La nuit s'étire, interminable, accompagnant mon corps pétrifié vers son destin...
De soudaines bourrasques de vent...
Le grondement sourd du tonnerre...
Une lente ondulation qui parcourt la ville...
La peur...
La peur qui s'insinue dans mes os, envahit mes chairs, me glace le sang et déchire mon âme...
Une peur incontrôlable... viscérale...
Face aux rideaux qui laissent filtrer les flashes éblouissants et rageurs des éclairs, je me fige... terrorisé... Terrorisé par la peur de mourir...
Mais je ne peux pas mourir !
La mort est là... tout près de moi...
C'est mon amie... ma compagne...
Elle m'aime et me protège...
Je sens sa présence bienveillante et sa main – si froide ! – se glisse dans la mienne. Rassuré, je tire les rideaux, ouvre la fenêtre et fais face aux éléments déchaînés...
L'aube commence à poindre entre les immeubles, rampe dans les rues inondées et vient baigner d'une lueur violette le clocher, immobile au cœur de l'orage. Le vent tourbillonne, soulevant des gerbes d'eau. Les nuages se déchirent et découvrent un ciel qui s'éclaircit dans le jour naissant.
Guidé par la mort, je m'élance dans les cieux... et je tombe...
De plus en plus vite...
Aspiré par le vide qui vient de s'ouvrir sous moi...
Je serre le cercueil de la mort dans mes bras et, pour la première fois, sa voix retentit... chaleureuse...
« Ne crains rien, je suis là... »
L'air siffle à mes oreilles, semblant accélérer ma chute...
« Libère-toi de tes chaînes ! »
La façade grise de l'immeuble défile vertigineusement devant mes yeux...
« Aie confiance et laisse-moi te guider... »
La rue, scintillante sous la caresse de l'aurore, monte à ma rencontre...
«  Lève la tête et regarde ! »
Je regarde... et l'espoir renaît...
Le nuage enlève sa cagoule noire et rengaine son épée de feu, les nuées mortelles desserrent les mailles de leurs filets...
« C'est ça ! Tu es sur la bonne voie... Continue !  »
L'orage s'éloigne et les premiers rayons du soleil illuminent un ciel purifié...
« Bravo ! Tu as réussi ! Suis-moi au royaume de l'immortalité ! »
Je vole... libre... heureux...
J'étends les bras pour planer dans l'air frais du matin. Le cercueil m'échappe, s'ouvre... et les os de la mort s'éparpillent...
Ils tombent... tombent... irrésistiblement attirés par les pavés luisants...
Au moment où le soleil paraît au dessus de la plus haute tour, l'orage, dans un dernier sursaut, revient sur la ville.
Le fracas étourdissant du tonnerre étouffe le hurlement de désespoir qui sort de mes entrailles...


Et il est mort à l'aube,
Quand vous dormiez, Madame
Dans l'immobilité du temps...
(Claude Braun, Promenade.)

 Publié avec l’autorisation des ayant-droits

Jean-Pierre Carrère  né en 1942, est décédé d’un cancer en 1994. Il travaillait comme agent technique à ce que l’on appelait à l’époque les PTT. Il a obtenu le Prix de la nouvelle 1993 décerné par l’association INFINI (science fiction, littérature des arts et de l’imaginaire) qui a publié son recueil LA CORRESPONDANCE en 1997.



MICKY PAPOZ
COMME UNE SECONDE PEAU

- Oui, vraiment ils vous vont comme une seconde peau, affirma l’androïde de sa voix numérisée.
Il venait de passer une paire de gants de couleur beige à la cliente terrienne.
- C’est un cuir très fin, très rare, qui nous arrive de Kling, assura-t-il, c’est ce qui explique le prix…
La femme avait regardé l’étiquette et sa bouche accusait un pli que le vendeur effaça en lui reprenant la main. Il lissa une nouvelle fois le gant.
- Vous verrez comme vous en serez contente. Certaines clientes m’ont assuré que leurs mains étaient encore plus belles après les avoir portés plusieurs fois. Mais Madame n’a pas besoin de ça, ils ne serviront qu’à vous protéger du froid.
Laurence approuva d’un signe de tête et conserva les gants pour continuer ses emplettes. Elle en éprouva la douceur. L’air était vif sur Alpha IV. Par moments elle eut même très chaud. Une sensation agréable comme si quelqu’un d’autre lui prenait les mains dans les siennes et les picorait de baisers. Ça faisait si longtemps… Elle éprouva un léger vertige.
Le soir, dans son hôtel, Laurence trouva les gants d’un ton plus rosé.

*

- Que Madame se rassure, c’est seulement un effet de la moiteur. Voyez, ils ont retrouvé leur teinte exceptionnelle. Le simple fait de les avoir rapportés, alors qu’il fait froid. Vous devriez vous re-ganter. A moins que vous ne souhaitiez les échanger..
- Non, vous avez raison, répondit Laurence. Je vais les garder. Ce n’est après tout qu’un petit détail sans importance. Je ne sais même pas pourquoi je suis venue vous ennuyer avec ça.

*

Le soir, lasse mais infiniment heureuse, Laurence constata que les gants montaient jusqu’à la saignée de ses bras. Ils étaient d’un beau rouge sang. Un sourire aux lèvres, elle les remit pour se coucher. Vers minuit, elle alluma la lampe et regarda. Les gants modelaient déjà sa poitrine et montaient vers son cou. La caresse, celle d’un amant, était vertigineuse, de plus en plus enivrante, lascive. Jamais Laurence n’avait connu de telles sensations. Ses traits se convulsèrent sous l’emprise d’une joie sauvage. Elle s’assoupit, les narines frémissantes, certaine d’atteindre cet instant d’éternité où elle ne serait plus jamais seule. Une seconde peau se nourrissait de la sienne,  dans un embrassement absolu. La possession était totale. Son corps ne lui appartenait plus.
On ne retrouva qu’un cadavre rongé. Pourtant, une expression de béatitude totale baignait le visage sur lequel n’adhéraient plus que quelques lambeaux de chair.

Auteure d'une cinquantaine de nouvelles, de six romans, dont les derniers sont et (seront) publiés aux Éditions Rivière Blanche.

Friday, 1 September 2017

BABELICUS EN ESPAÑOL Número 4


Retrato de Mujer andina: Óleo de Adriana Alarco





BABELICUS EN ESPAÑOL

Número 4 - 2017

Estimados amigos:
Les presentamos el cuarto número de BABELICUS EN ESPAÑOL que forma parte del blog del amigo y escritor italiano Stefano Valente a quien agradecemos su apoyo y disponibilidad para con esta revista multicultural.
Se han publicado ya los números en portugués y en francés con cuentos originales en dichos idiomas, que pueden encontrar en la página web:
Y también en la página de Facebook:
Babelicus (grupo abierto)
Para este número nos han llegado cuentos en español, de varios países de América Latina y de España, llenos de magias, aventuras y sonrisas… En este número pueden leer estupendos relatos de varios escritores provenientes de México, Argentina, Chile y Perú,
Para que este proyecto siga creciendo, ruego a los escritores de lengua española interesados en publicar en Babelicus, que envíen sus colaboraciones a la responsable de la edición en español de la revista virtual bianual:
Adriana Alarco de Zadra: alarcoadriana@gmail.com
Se publicarán los cuentos que cumplan los requisitos de brevedad, gramática, fantasía y respeto.
Los autores no pierden sus derechos de autor.



JOSÉ MARÍA AGUIRRE (ARGENTINA)

EL  AUTORRETRATO

Soy el retrato de mi hacedor. Mejor dicho, su autorretrato. Estoy aquí, chato y sofocado. metido en un carpetón. Por el bamboleo y el ruido de los zapatones, supongo me lleva a la exposición del concurso.
Caso extremo este hacedor mío. Se concentró tanto en retratarse, que hasta transfirió su consciencia a mí, su autorretrato. Lo escucho caminar y sé que está medio ido, como un autómata. Sólo tiene la vaga idea de su propósito final: llevarme hasta el lugar del certamen de dibujo.
Percibo sus pasos cada vez más leves. Espero alcance a llevarme. Espero no se diluya en el aire de la calle; que no me deje tirado, metido en el carpetón.
Ahora siento un cambio en el andar, más y más débil por momentos. Parece que subiera peldaños. Debe ser la escalinata del salón exposición.
Es aburrido estar aquí, a oscuras, dependiendo de lo que haga el babieca de mi creador. Sólo sintiendo sus pasos ahora casi ingrávidos, como despertando ecos en un salón...  ¡Claro que sí!  ¡Ya llegamos!
Alguien habla haciendo resonar un amplio espacio. --Llegó tarde --dice--, ya se venció el plazo.
--Ya no puede presentar su obra --insiste otro.
--Váyase y deje de molestar --agrega el de más allá. ¡El jurado!  ¡El maldito jurado! ¡Los despóticos integrantes del jurado!  "Éste quiero... éste no quiero", indicando desde su pedestal. Retribuyendo favores... entregando trofeos por turno... cumpliendo con la moda de fauvísmo, dadaísmo, informalismo, neo-modernismo, surrealismo, post-modernismo, post-nuclearismo, ¡qué sé yo!
Y mi estúpido autor se queda parado, como un árbol seco, y no dice nada. Debe parecer la tonta imagen de una diapositiva, proyectada sobre un banco de humo de cigarrillos. Así, casi sus pendido en el aire, como colgado de su propia imbecilidad.
Además, suponiendo le aceptaran su trabajo fuera de término, le dirían que no encaja en alguno de los "ismos" de moda. ¡Aunque el mismísimo Miguel Angel Buonarroti presentara una obra de incógnito, no figuraría ni en el montón!
El carpetón se suelta y cae arrastrándome al suelo en un estruendo. Mi hacedor quedó tan sin substancia que su mano se abrió, pareciendo anticipar un final.
Las tapas se separan y yo asomo amenazante. El autor de mis días me mira, en un postrer impulso reflejo. Es lo que yo necesito. Me galvanizo y me voy corporizando trabajosamente, como para salirme del papel. La luz me da más energía. Me despego de la lámina, estirándome. Hago una torsión y miro a los Señores del Jurado, lanzándoles con mi mente el furibundo trallazo energético de mi odio. Quedan los tres estampados en la pared, chatos, dibujados.
Quedaron magníficos. Están bien así. Que aprendan lo que es sentirse un dibujo, esperando que una graciosa mano los distinga de los demás.
Miro al fantoche tontolón que me dio origen y lo veo alejarse flotando hacia la salida, fantasmal e impreciso como una voluta de vapor. La suave brisa y la luz del sol lo van disipando, hasta no dejar nada.
Delgado y laminar, me yergo rebotando en el medio de la sala de cuadros.
Los Señores del Jurado me miran, con estática e impotente expresión de horror, retratados en el muro, pegados.
Con cierta dificultad levanto el carpetón con la hoja en blanco. No me queda más que encaminarme hacia la casa de mi dibujante evaporado. 
Camino por la acera, foliáceo, como la figura recortada de un afiche. La gente mira aterrada mi cuerpo achatado, como salido de debajo de una aplanadora. Espero no se levante viento, pues sería arrastrado como un papel cualquiera.
El sol me ayuda proporcionándome substancia, al revés que con mi creador, pero aún sigo delgado como un cartón, igual a esas imágenes en las carteleras de cine. Sólo me faltan los travesaños de bastidores claveteados en la espalda.
Ahora que lo pienso, ¿quién soy yo en realidad? Tengo toda la memoria del artista que me plasmó. Él me la transfirió a mí. ¿Acaso soy él? Yo tomé conciencia cuando él quedó como una cáscara vacía. Entonces, ¿yo soy él, transvasado en un ente-dibujo ? Pero él era un tonto, y yo tengo facultades, habilidad, impulso. Pude darles su merecido a los jurados. No, no puedo ser él.
En fin, ya llego a la casa. Los vecinos me observan perplejos. Mi llave no sirve para abrir porque es chata como cualquier dibujo. Deberé deslizarme por debajo de la puerta.
Éso es... paso con toda facilidad...
Por ahora tengo que dejar la carpeta del lado de afuera. En verdad, tengo otra llave dentro de la residencia.
Ahora podría dedicarme a hacer retratos por encargo, rostro, medio cuerpo, cuerpo entero. La gente hasta pagará por verme, con mi físico chato y escalofriante moviéndome de aquí para allá. Me doy cuenta, fui rechazado en un concurso de dibujos, pero seré un éxito como fenómeno de circo.


ESPEJITOS DE COLORES

Estaban reunidos en torno al cráter. Los nuevos chapoteaban muy alegres en la lava. Los medios y los extremos oscilaban fluctuantes por la costa incandescente, cambiando conceptos.
Crepitor, uno de los medios, se dirigió al extremo pulsor.
--Dentro del próximo triple lapso se harán presente los Sólidos --manifestó crepitando.
--En ese curso tenemos reunión en el estrato magnético periférico --respondió el extremo--, giraremos y absorberemos radiación ultraviolácea. Formaremos moléculas y después micelas. Tal vez deberíamos posponer el contacto con los Sólidos.
--El contacto será breve y nada estrecho. Ellos llegaron desde su mundo, Sol Tercero, y ahora quieren que les permitamos apropiarse de las esferas fotónicas, para utilizarlas como combustible en sus cuerpos artificiales, en sus... digamos... máquinas... 
--Pero las esferas fotónicas son el producto remanente de nuestras conjugaciones amorosas --protestó el extremo Pulsor--, pedir eso es algo obsceno.
--Los Sólidos, expresan que a cambio nos darán cuerpos artificiales, productores de radiación ultravioleta --continuó Crepitor.
Desde la ionosfera descendían con lentitud algunos nuevos recién nacidos.
--Los rayos ultravioletas nos llegan naturales desde el centro estelar --protestó Pulsor con fuerza--, por lo tanto nos darán cuerpos inútiles, basura.
--Los Sólidos esperan acordemos el intercambio en su próxima presencia --expresó Crepitor, pensativo.
--¿Cómo se comunicaron contigo los Sólidos ?
--Tienen un Sólido artificial. Con él decodifican nuestros pulsos y luego los emiten como vibraciones atmosféricas --emanó Crepitor.
--Te diré lo que puede ocurrir, Crepitor. Si acordamos, ellos vendrán y cargarán con las esferas fotónicas. Se las llevarán todas. Luego traerán sus cuerpos artificiales que producen alimentos. Tú y yo, los medios y los extremos, no los usaremos. Pero se los darán a los nuevos; para ellos será una novedad, como un juguete. Luego perderán la facultad de alimentarse con la radiación estelar. Además, les parecerá una costumbre vergonzosa, caduca, superada.
"Más tarde los incitarán a producir más esferas fotónicas, mediante falsas conjugaciones. Los inducirán a conjugarse de las maneras más viles. Si los nuevos se rehúsan a hacerlo, les quitarán los cuerpos artificiales, o harán que no funcionen, para que no puedan alimentarse. Si los Sólidos no los proveen con los artificios, los nuevos no tendrán alimentos. Pasarán al Plano Superior como nuevos, sin llegar a ser extremos.
--¡ Pasar al Plano Superior como nuevos !  ¡ Es inconcebible ! --exclamó Crepitor.
--También sucederá que con todas esas vilezas de falsas conjugaciones y radiaciones artificiales, los nuevos se irán opacando, dejarán de ser Plasmas, se volverán Sólidos. Habrán de tornarse pesados, torpes y frágiles. Al llegar a extremos, como Sólidos se descompondrán... y no sé cómo harán para pasar al Plano Superior. Quizá dejen de existir... para siempre... Pero... ¡oh!  ...aquí llega Titila... los dejo solos --concluyó el extremo Pulsor, y se alejó flotando sobre la ardiente lava.
--¡Crepitor! --tañó Titila con alegría y rebotó contra él. Flotó sobre la roca fundida, se elevó muy arriba y después se abalanzó, rebotando de nuevo.
Para Crepitor fue un alivio encontrarse con Titila, después de los vaticinios apocalípticos manifestados por su amigo Pulsor.
--¡Vamos a bañarnos, Crepitor! --tintineó muy alegre el pulso de Titila, planeando errática y llevando a su compañero a zambullirse a la lava resplandeciente.
Ambos bucearon en el magma volcánico y más tarde chapotearon con regocijo, semisumergidos en los metales derretidos.
Bañados en las cálidas emanaciones sulfurosas, los dos se apretaron muy fuerte hasta comenzar a conjugarse. Los Plasmas fueron englobándose entre sí, hasta fusionarse en uno solo. Emitieron gran cantidad de luminosas esferas fotónicas, que flotaron sobre el cráter y rodaron entre las rocas candentes.
Acto seguido, los dos seres proyectaron un fortísimo destello. La luz se elevó en una línea incandescente, como un latigazo, hasta irrumpir en la ionosfera. Era probable que allí diera lugar a la gestación de un nuevo Plasma, que en poco tiempo descendería por las capas atmosféricas para reunirse con sus congéneres.
Cuando la multitud de Plasmas concretó reunión en el  estrato magnético periférico, con Pulsor, Titila y Crepitor mezclados en la muchedumbre, se pulsaron todas las noticias y detalles sobre los Sólidos. La determinación fue unánime. Todos rechazaron con horror las propuestas de los extranjeros. Entonces giraron en la inmensidad con alegría, tomaron alimento ultravioleta y formaron moléculas y micelas.
Los Sólidos en su totalidad treparon a su inmenso objeto artificial, para elevarse y abandonar el mundo de los destellantes entes plasmáticos.
Se fueron decepcionados, chasqueados.
Pero regresaron, claro. Volvieron con su enorme y opaco cuerpo artificial que los transportaba atiborrado de extraños artilugios y armas electrónicas; estaban determinados a forzar a los Plasmas para que aceptaran sus planes.
Los Sólidos se presentaron de nuevo, pero no encontraron a nadie. El planeta yermo giraba en su órbita como una hueca vasija recalentada.
...Y el pueblo de los Plasmas... por supuesto, aguardaron hasta que el último de los nuevos descendiera flotando desde la ionosfera y, acto cumplido, todos juntos se desplazaron con tranquilidad hacia el plano lateral más inmediato; es decir, a uno de la infinidad de continuums espacio-temporales existentes... Y allí, inalcanzables, vivieron felices y contentos para siempre...
     
Bio:  Nombre: José María Aguirre - email: pepeflechero@yahoo.com.ar
Nací en 1943, Rauch, Argentina, residencia actual Bahía Blanca; siempre soñé con guiones y dibujar historietas,y hasta dibujos animados en los estudios Disney, pero los mandatos paternos me zamparon a trabajar en oficinas de "comercio exterior", éso me llevó al desempleo y llevar una vida de "hippie" después de los 50, dibujando retratos y caricaturas en Buenos Aires y a través de diversas ciudades de Brasil durante más de 5 años. Escribir cuentos surgió a fines de los `90 como vocación latente; sólo he podido publicar hasta 5 cuentos en antologías de aficionados (traté de sintetizar lo más que pude).



JULIO GARCÍA VENTUREYRA (ARGENTINA)

EL CANDIDATO

En aquel pequeño país americano, se aproximaba la fecha de elecciones.
El Señor Presidente se paseaba con nerviosismo por su despacho. Era cerca del mediodía y se hallaba reunido con su secretario.
- Te lo dije… - empezó el mandatario, - No me cae nada bien el nuevo candidato que tiene nuestro principal partido opositor. De antecedentes intachables, honesto… con lo que puede lograr, entre otras cosas, que el pueblo crea en él; rubio y casado con bonita señora rubia, y con varón y nena, también rubios … reuniendo el perfil exacto de lo que el pueblo considera ideal… Ah!! … y hasta juega bien al golf.
- No creo que sea para intranquilizarte… - exclamó seguro el secretario. – Ni siquiera va a llegar a hacerte sombra en las elecciones.
- Te noto muy confiado. Pero yo no lo estoy, en absoluto, creo que es un peligro inminente que nos acecha. ¡Maldición! ¿Por qué habrá aparecido? ¡Si veníamos tan bien! ¡No teníamos oposición para lograr el nuevo mandato!
- Dionisio Barrera no va a llegar lejos. – volvió a decir el secretario desde su sillón.
- Han hecho una buena campaña proselitista que puede conducirlos al éxito. Quedaríamos afuera justo en el mejor momento ya que tenemos prácticamente adjudicadas dos importantísimas factorías extranjeras que nos llevarían a enriquecernos a lo grande; por supuesto, también iba a ser fuente de trabajo para muchos a quienes les vendría como una bendición de Dios por el desempleo que hay. – hizo una pausa y se detuvo pensativo. – Correr el riesgo de perdernos esto…, sería más que una lástima. –
Luego de llamar a la puerta, entró uno de los integrantes del personal de servicio, anunciando:
- Señor Presidente, el aperitivo está servido. –
- Tenemos que pensar algo… sí, un buen plan. – le dijo a su secretario mientras se dirigían a la sala contigua.
Mientras desayunaban, Dionisio Barrera le decía a su esposa:
- Anoche tuve un sueño grandioso. En este país ya no gobernaba el tirano que está ahora. Dios me había concedido el mando para restaurar la justicia y la igualdad en el país. Luchaba donodadamente en contra de la pobreza y el desempleo, contra el autoritarismo y los bajos salarios… y lo maravilloso era que las cosas se iban concretando… el pueblo notaba las mejoras… el país empezaba a florecer.
- ¿No es demasiado idealista? ¿No es un sueño muy difícil de hacer real? -
- Se puede convertir en realidad si la vocación de servicio es auténtica. –
Ella tomó la mano la mano de su marido. Sabía bien acerca del convencimiento que tenía.
El discurso había sido brillante y el pueblo colmaba la plaza y la principal avenida de la ciudad capital. El candidato caminaba ahora entre la gente que lo estrechaba ovacionándolo.
¡Era la esperanza de tantos! ¡Tantas ilusiones había depositadas en él! ¡Un país nuevo, libre y progresista!
El hombre joven se abrió paso con agilidad ente la muchedumbre.
Cuando estuvo cerca del candidato, a pocos pasos, extrajo de su campera una pistola automática descerrajándole tres disparos.
Hubo gritos, alboroto, corridas; pero Dionisio Barrera yacía en la calle sangrando profusamente al haber sido alcanzado por dos de los balazos en el cuello y la cabeza.
Los guardias aferraron al asesino, quitándole el arma, retorciéndole un brazo y aplicándole un golpe.
Conducido de urgencia al hospital, Dionisio Barrera había dejado de existir pocas horas después.
El presidente, desde su despacho, junto a su secretario, habían presenciado todo lo ocurrido por la enorme pantalla de televisión que tenía, como si el espectáculo hubiese sido una serie más de intriga y acción, pero en directo, y, dos días después, nuevamente reunidos, le dijo a su secretario:
- Bueno… no podemos quejarnos, salió todo perfecto, un teatro bien armado; hasta ese detalle que el criminal tuvo remordimientos y se confesó arrepentido, pidiéndole disculpas a la mujer y a los hijos del candidato, fue por demás creíble. A propósito…- dio unas zancadas deteniéndose frente al ventanal junto al enorme cortinado, y miró hacia el cielo. Se veía alejarse un avión. – Ahí se lo llevan al asesino y bien lejos. No quiero verlo nunca más en mi vida. Que no se olviden de raparlo, afeitarle el bigote y entregarle los nuevos documentos y de largarlo bien lejos, porque aquí está cumpliendo “perpetua”. En fin, soy de cumplir con mi palabra. Así es el poder, tiene sus cosas desagradables que uno igual tiene que hacer. – permaneció en silencio unos instantes y luego, mirando a su secretario, agregó - Sabés… anoche tuve un sueño grandioso… y era que este país comenzaba a reflorecer en todo, pero para lograrlo, necesitaba tener el camino despejado, para el bienestar total.

Bio: Julio García Ventureyra, nació  en Argentina, donde reside en la actualidad en la ciudad de Bahía Blanca. Es autor de cuentos (publicados en revistas y suplementos literarios), novelas y guiones cinematográficos, primero para cortometrajes: "El nutriero", basado en un cuento y que obtuvo una mención en un Festival Internacional de Cortos en Torrelavega (Santander),  España, y posteriormente para largometrajes, donde, como en los anteriores, participó como guionista y como director de cine: "Desafío al coraje", largometraje en color de temática policiaca, que se filmó hace años en las cercanías de Bahía Blanca, y que se exhibió en cine y TV, ya que el Canal Volver de Buenos Aires tiene los derechos de explotación del filme, que se emite cada tres o cuatro meses, así como en el video-club del Consulado Argentino en Barcelona.



EUGENIA PRADO BASSI (CHILE)

ASEDIOS (fragmento)

Uno. Una mujer babea su historia, su falta de fe.
Y yo, insoportablemente en crisis, me instalo sobre la cama.
La cabeza sobre la almohada. Mi pelo se llena de babosas.
Entonces, tú y yo, nos desplazamos hacia el lugar donde todo nos sucede.
Aterrados cuando el señor del maletín, la mujer de los labios pintados y el joven poeta, nos espían. Masculina la lengua, la vista, el párpado. Extraña forma de mirarnos. Y el hombre, en medio del alcohol, en medio de la noche y de las grabaciones extranjeras se acerca lento, algo busca, algo, quiere saber.
Pero mírela bien, si es tan linda –le dice.
Ella, se hace la loca.
Dos. Y nos pasan tantas cosas, en medio de ti, en medio de la noche, en medio del taxi, en medio de los hombres y del sexo, en medio de los años.
Insoportablemente en crisis, si no fuera por ti, jamás los subterráneos.
Aturdida mi cabeza, se enreda de babosas asesinas.
Tres. Una mujer ríe a carcajadas. La veo ofrecer sus golpes, sus espasmos, con palabras torpes, crispadas.
Insoportablemente en crisis, apocalípticas las voces de jóvenes poetas, y que, de tiempo en tiempo, se modifiquen nuestros mezquinos hábitos.
Entre tanto, enroscadas, rojas y brillantes, las babosas juegan con mi pelo, con tu pelo, con las extensiones de tu pelo. Se mueven como enredaderas. Onduladas trepan. Algunas caen o se deslizan entre palabras blancas, otras, significan. Tomo algunas y me las llevo a la boca. Muerdo las vocales. Todos buscamos algo.
Cuatro. Viaje en Transantiago. Un tipo nos agrede.
Que ni se atreva a tocar tu pelo, pienso. Él, al verme, baja la mirada. De miedo y de clase el hombre se entera y se aterra. De la fuerza que tiene la clase se aterra, en este país y en los espacios dónde nos movemos.
Insoportablemente en crisis, un puñado de babosas resbala por mi cuello, mientras una casta completa de poetas apocalípticos siembra noches de amanecidas imposibles. El terror del día, del otro día, y que no se acabe la noche, tu noche, y volver a separarnos. Entonces, nos preguntábamos por qué tanto interés en el fin del mundo y no hablar del principio de todas las cosas; de la fuente dónde se confunde la voz, o de cuándo la lengua alcanza en el lóbulo su máxima fe.
Cinco. Una mujer juega y se ríe en la pantalla de la Tv. Su belleza de actriz favorita es tan espléndida que de rudeza espanta. Ella, la blanca de todos los espectáculos, sonríe.
Y otra vez la mirada puesta sobre ti. Sobre mí, cuando nos miramos. Que no somos chicas fáciles, ni lo piensen, chicos menos, ni se les ocurra. Entonces, pensábamos alianzas imposibles, ser cómo Pinky y Cerebro y que juntos salvamos el mundo o, en una de esas, hasta nos apoderamos de todo.
Insoportablemente en crisis, todos buscamos atrapar entre las piernas.
Solo así, hundiéndonos en las cavidades del otro, es posible predecir el fin del mundo.
Después, nos juntaremos, una vez más, a hablar sobre lo mismo, porque de qué hablábamos tú y yo, si no es de eso, de tanto darle al cuerpo hasta derribarlo.
Insoportablemente en crisis, babeábamos historias ajenas y las propias y nos preguntábamos por qué, nosotros no hablábamos así de las catástrofes o de cuando no habrá mañana y es probablemente cierto, todo lo que digas, pero, por favor, Apocalipsis Zombi ¡NO! Que miedo.

Bio: Eugenia Prado Bassi: Nace en Santiago de Chile. Es escritora, diseñadora gráfica y editora en Ceibo Ediciones.
En 1987 publica “El cofre”, en Ediciones Caja Negra. En 1996 “Cierta femenina oscuridad”; 1998 “Lóbulo” y el año 2007 "Objetos del silencio, secretos de infancia" en Editorial Cuarto Propio, el último, editado en 2011 por Emooby, en Portugal para formato kindle.
El año 2000 re-edita "El Cofre" en Surada Editorial. El año 2004 estrena “Hembros: asedios a lo post humano” novela instalación escénica plástica en el Galpón Víctor Jara; en 2006 la  obra de teatro “Desórdenes Mentales”. En 2011 publica "Dices miedo", novela visual; en 2012 la tercera edición de "El Cofre". Su última publicación es el cuento infantil ilustrado “BluVivi y Gusaringo viajan en la marcianave” en co-creación con su hijo, Vicente Pinto Prado, en Ceibo Ediciones.



MARI CARMEN OREA ROJAS (MÉXICO)

LOS MUERTOS RECIENTES SON LOS PAYASOS

Listo en las gradas para ver la función, esperó a que se apagaran las luces. El espectáculo comenzó. Primero, los grandes acróbatas. El maestro de ceremonias no paraba de sonreír y gritar a viva voz las hazañas, habilidades y portentos de cada uno. Luego, el mago. Para el truco de magia, una de las hermosas ayudantes se acercó al espectador y lo invitó a pasar al escenario. Un poco atemorizado, aceptó.
Después del truco de magia, que resultó brillante y fantástico, no pudo acertar a volver a su lugar. Todo se volvió sombras, no veía bien hacia las gradas, la luz del escenario le cegaba. En eso, la música dejó los redobles de la magia y se volvió divertida. Una mano le alargó un traje multicolor, con grandes zapatos y una nariz roja.
-No entiendo bien todo esto- dijo
-Es muy fácil –le contestó el maestro de ceremonias, discretamente y sin dejar de sonreír. –Los muertos recientes son los payasos.
Entonces, ya sin ninguna duda, se puso el traje de colores y comenzó a bailotear y jugar, riendo. Mientras, en las gradas, el resto de la gente le miraba. Y también reía.

Bio: Mari Carmen Orea Rojas es originaria de Puebla, México. Licenciada en Lingüística y Literatura Hispánica, Maestra en Estética y Arte, ambas por parte de la Benemérita Universidad Autónoma de Puebla. Pasante de la maestría en Educación, por el ITESM, y de la maestría en Desarrollo Humano, por la UPAEP. Actualmente, docente de Bachillerato Internacional en plantel Angelópolis de la Universidad Popular Autónoma del Estado de Puebla.



ADRIANA ALARCO DE ZADRA (PERÚ)

IDEAS, PALABRAS, SONIDOS

Jalo una idea de la frente. Es larga y elástica; está llena de letras y colores. La observo maravillada. Se va envolviendo alrededor de mi cuerpo y me abraza. Rauda como el viento, empiezo a poner todos los signos en su sitio para percibir su significado cuando, al fin, se rompe la idea y se desvanece nuevamente, silenciosa, en medio de la nada, por el mismo camino que llegó.
Hoy salen de mi boca palabras fluidas como finas cuerdas de seda esperando recibirte con halagos y promesas. Tratan de ser dulces y a veces son amargas. Ocupada, tejo una cuerda diariamente y la convierto en vocablos floridos de color y de seda pero tú no llegas nunca. Luego desamarro, destejo, destiño y empiezo con el nuevo día, día a día, noche tras noche. Esperándote, las telarañas que me rodean, poco a poco se van anudando y convirtiendo en áspera soga de cáñamo, hasta que, enronquecida, se me hace un nudo en la garganta, sabiendo que no llegarás, y ya no salen más palabras de mi boca.
Pacientemente, lo espero siempre mientras crecen de mis dedos, sin mayor esfuerzo, ramas llenas de hojas y una que otra flor. Es largo el día y va anocheciendo. Las acaricio, las siento, percibo su aroma. ¿No vas a llegar nunca? El cabello se vuelve follaje y de pronto me encuentro de pie, plantada como un árbol en la esquina de mi casa, sintiendo entre mis brazos vegetales la brisa, áspera como tus dedos, acariciarme con el viento de la noche.
Aferro los sonidos musicales que llegan a mi oído como los símbolos del pentagrama. Si no es do es sí, si no es re es sol que alumbra. Puedo moverme… ¡Vamos corriendo todos a la sombra, a colgar en los árboles la música que tañe con campanas domingueras y festivas, fa fa fa! ¿Te das cuenta que hoy silba con el viento, la la la, mi mi mi, y que yo estoy siempre aquí? Y al llegar finalmente de tu largo viaje, tú encontrarás, esperándote, una orquesta movida por el viento…

Bio: Adriana Alarco de Zadra, nacida en Lima, Perú, ha publicado libros de geografía, de teatro, de ciencia ficción, poesías y cuentos. Es viuda pero sus hijas y nietos le dan alegría y serenidad. Cuando se le terminan las palabras, pinta. Los colores le llenan la vida. Página Web: http://www.adrianaz.it Blog: http://adriana-alarco.blogspot.com/